Animée à la façon d'une émission radiophonique, la matinée a été consacrée à des interventions sur les enjeux de la filière. Ainsi Sylvie Robert, sénatrice et membre de la commission culture, a abordé la question de la transition des politiques culturelles. Olivier Lombardie, directeur général du Centre national du Livre est intervenu sur le rôle historique de l'État via le CNL aux côtés des Régions et des structures régionales du livre pour soutenir la filière. Olivier Thuillas, maitre de conférence en Sciences de l'information et de la communication à Université Paris Nanterre, a soulevé les défis et les enjeux de l'écosystème du livre. De nombreuses questions ont été soulevées lors de ces interventions et elles ne sont pas sans faire écho à celles de la FEDEI. Ainsi l'association professionnelle Cinéma Bretagne s'interrogeait sur comment mobilier les différentes forces des adhérents quand les ressources humains sont basées sur du bénévolat et comment les faire intervenir. Olivier Thuillas analysait les 3 enjeux essentiels de l'écosystème du livre : 1) le lien avec les institutions : quel est son sens et quel est son rôle ? Sur quel modèle de gouvernance peut-il fonctionner ? Quelles co-constructions ? Pour quelle évolution ? 2) le rapport entre les professionnels du livre : quel niveau de professionnalisation des interlocuteurs est nécessaire pour légitimer la parole de chacun ? Comment faire travailler ensemble des acteurs dont les métiers, les attentes, les problématiques sont différentes ? Chacun nourrit l'écosystème du livre sans parfois se connaître vraiment. Est-ce que cela a encore du sens aujourd'hui ? Si oui, lequel ? 3) la place des associations professionnelles par rapport aux agences du livre : comment coopérer ? Quel lien construire ou consolider avec les autres structures professionnelles culturelles (cinéma....) : comment faire du commun avec des métiers différents ? Il en ressort une dichotomie entre les politiques institutionnelles et l'industrie commerciale qu représente la culture. Elle soulève à son tour les problèmes de rhétorique. Le mot « structuration » est donnée en exemple. Utilisé par les institutionnels, il est incompréhensible pour les professionnels et parfois perçu comme une violence lexicale. Quelle structuration ? Pour quoi ? Pour quoi ? Nous retiendrons plus particulièrement cette phrase : « les ARL ne peuvent pas parler à la place des professionnels. » Elle renvoie au manque de légitimité qu'accordent les institutions aux associations professionnelles, ce qui légitime, a contrario, l'absence d'échange avec ces dernières. L'après-midi, intitulé « labo des transitions » a débuté avec la conférence de Bernard Latarjet, président de l'Office national de diffusion artistique, qui a interrogé l'assemblée sur les sources d'inspiration pour repenser les modèles. Suivi par 3 ateliers (coopérer et décloisonner : comment soutenir la création, la diversité des voix et l'accès de celles-ci pour le public ? - faire évoluer les modèles : quelle position pourront occuper demain les espaces de coopération ? Comment les faire évoluer pour amplifier le dialogue entre les acteurs, mutualiser davantage les ressources et les outils, associer d'autres partenaires... ? - S'affirmer : quel est le pouvoir d'agir de l'interprofession à l'heure des transitions ? Entre place revendiquée, assignée, et reconnue, où se situent les structures régionales pour le livre ? ). les échanges ont fait émerger des constats aberrants : le nombre ahurissant de bénévoles dans les festivals culturels par rapport à la masse salariale, l'excuse de la « passion » pour légitimer la précarité financière des métiers culturels, la logique quantitative dans les dossiers de subvention... Une phrase a résonné dans la salle : « On est dans un système où, dès le départ ,on est voué à l'échec ». Alors changer d'esprit, semble être la réponse. « Nous sommes dans une période de post croissance », analyse Olivier Thuillas. L'industrie culturelle ne peut plus continuer à fonctionner comme avant, elle doit se réinventer, se recréer pour devenir l'industrie culturelle d'aujourd'hui. Le monde de l'édition n'est pas exempt de ce constat. C'est d'ailleurs l'une des missions fondamentales de la FEDEI: redéfinir un écosystème du livre plus équitable et plus vertueux. Utopie ? Non. Une réflexion où, justement, et n'en déplaise à quelques uns, l'interprofession a toute sa place. Cela promet une longue vie à la FILL à qui nous souhaitons un joyeux 40ème anniversaire !