Le syndrome de la grenouille Pour les lecteurs comme pour beaucoup de professionnels, la quasi-immuabilité de l’objet livre dans sa forme, sa résistance à sa version numérique, qui devait faire disparaître sa matérialité, les élans de sympathie à son endroit lors de la crise covid, ont fini, malgré les difficultés économiques, par nous bercer de l’illusion d’une crise passagère ou au pire d’un doux déclin. Le syndrome de la grenouille dans sa casserole d’eau sur le feu. La loi Lang ne suffit plus Pourtant, l’édition en général, l’édition indépendante en particulier et plus largement le secteur du livre sont depuis plusieurs années bouleversés par des changements profonds, économiques, financiers, technologiques, sociologiques, écologiques et politiques. Face à ce nouveau contexte, la grande loi dite « loi Lang », qui avait été le fruit d’une réflexion de la profession, avec Jérôme Lindon aux avant-postes, ne suffit plus. Face à ces profondes mutations, il nous faut à la fois structurer la filière et ne pas être aveugles aux innovations techniques que cela soit pour choisir de les utiliser ou non. Voire à s’y opposer. Il est temps de se structurer Jusqu’à aujourd’hui, l’édition indépendante a vécu aux marges ou dans les espaces laissés par un monde éditorial dominé par les grandes maisons d’édition. Cet édifice à plus ou moins tenu, encadré par la loi sur le prix unique, un réseau de librairie et un lectorat. Mais la financiarisation de l’édition a entraîné, au fil des années, le regroupement des grandes maisons en groupes quasi monopolistique et cette financiarisation les a lancées dans une recherche de parts de marché effréné. Parallèlement, le réseau des libraires s’est vu concurrencé par de nouveaux acteurs, grandes surfaces ou vente en ligne moins soucieux de l’édition indépendante. Face à cette transformation massive et violente, les pouvoirs publics ont mis en place des systèmes de soutien à la création dont l’édition indépendante a bénéficié. Aujourd’hui face à l’effondrement de ces politiques pour des raisons vaguement économiques, plus sûrement idéologiques (ultralibérales ou réactionnaires) l’édition indépendante est passée d’une situation de fragilité à une situation de précarité. Ce grand chambardement ne peut plus être, comme nous l’avions toujours fait, de s’adapter individuellement. Pour garder la liberté de nos choix éditoriaux, nous devons, comme l’a fait la librairie indépendante avec le Syndicat de la Librairie Française, nous structurer, pour faire entendre notre voix, faire des propositions et construire nos outils. C’est aujourd’hui ce que propose la FEDEI d’une part et OPlibris de l’autre et il n’est pas anodin que ces deux initiatives soient nées au même moment et se fertilisent mutuellement. Refuser de penser la place des évolutions techniques dans nos métiers c’est les subir. L’informatique, le numérique ont, en quelques années, profondément transformé nos vies et nos métiers. Partout se pose la question de nos dépendances à ces outils comme cela s’est produit pour la PAO où nous sommes tributaires des solutions propriétaires. Pour que cette dépendance technologique et financière ne se reproduise pas, les coopérateurs regroupés au sein d’OPlibris on fait le choix de co-développer une solution de gestion, de pilotage en open source regroupant l’ensemble des outils métiers nécessaires à nos activités. Là comme ailleurs, indépendance ne signifie pas isolement et la solution OPlibris a noué et noue des liens forts avec tous les acteurs de la chaîne. Ces partenariats peuvent-être techniques et économiques avec Dilicom, les diffuseurs/distributeurs, Filéas, écograf, Demarque ou stratégiques et politiques comme avec la FEDEI, le Pilen, ÉdITEUR.org, la Sofia, le SLF, la région Occitanie et d’autres. Ainsi OPlibris est une solution évolutive co-construite et un laboratoire collectif de réflexion sur les transformations du secteur permettant d’anticiper les besoins futurs (référencement, métadonnées) ou de réagir rapidement (facturation électronique). Sa force réside et résidera avant tout dans le nombre de ses sociétaires et de ses utilisateurs pour se donner les moyens de prendre la main collectivement sur notre filière.