Dans ce contexte de concentration éditoriale, de mainmise sur la production, la diffusion et la distribution par quelques uns ; parce que nous pensons que la littérature n’a pas vocation à financer l’extrême-droite et que des initiatives comme Déborder Bolloré sont plus essentielles que le récit de trois semaines dans le quartier VIP d’une prison, nous décidons de prendre la place que l’on ne nous donne pas. En mai, dans les Hauts-de-France, l’entente entre les associations de libraires et de maisons d’éditions indépendantes se traduit par un festival, Haut les livres !, qui propose une quinzaine d’événements dans toute la région : rencontres avec des auteur·ices, ateliers, lectures… Le besoin de renouveau de la manifestation, l’imagination des libraires et l’inspiration de manifestations comme « Le 12 août, j’achète un livre québécois » outre-Atlantique ont alors donné corps à ce projet : « Le 9 mai, je lis indépendant. » L’idée est simple, mobiliser les libraires pour proposer des présentations, des tables, des vitrines mettant en valeur des livres édités par des structures indépendantes. Inviter le public à venir à la rencontre des éditeurs et éditrices de la région, mais aussi d’ailleurs. Montrer qu’il existe une diversité de textes, de formats, de façons de penser le livre. Sensibiliser, aussi, sur le fait que soutenir l’édition indépendante, c’est ôter des billes à un système qui rétribue quelques individus au détriment d’un groupe, qui voit dans le livre un moyen de diffuser des idées nauséabondes, et qui sacrifie la raison sur l’autel de la production. Le 9 mai, ce n’est pas juste une invitation à découvrir d’autres livres, c’est une façon de rappeler que l’indépendance, qu’elle soit pour les libraires ou les éditeur·ices, est un moyen de saisir la liberté. Qu’au-delà des chiffres d’affaires, des parts de marché, des livres pilonnés, on peut encore lutter.